|
|
| |
|
|
| |
|
Un Maître timbalier au CNSM de Paris |
|
|
|
|
17-03-2008 |
| Raymond CURFS, timbalier de l'Orchestre de la radio bavaroise, était de passage au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris pour y faire deux jours de classe de maître les 6 et 7 février dernier. Un moment d'échange et de complicité inoubliable pour les étudiants de la classe de Michel Cerutti et les auditeurs présents. La découverte également d'un personnage aussi généreux que talentueux.Compte rendu par Laurent Fraiche, avec la participation des étudiants du CNSM de Paris. Le parc instrumental du conservatoire a élargi son patrimoine en achetant, il y a un an, deux jeux de timbales Adams Philarmonics montées en peaux animales : un jeu système Dresden (à crémaillère) et un jeu système Berliner (hydraulique). Cette récente acquisition permet aux élèves de découvrir la richesse de la peau naturelle et les possibilités jusqu’à présent méconnues de ce type de timbale : profondeur de son, justesse et tenue de la note quand on réussit toutefois a l’accorder parfaitement (exercice difficile quand on est habitué à accorder des peaux plastiques) et endroits de frappe qui offrent de réels différences de jeu. |
| Raymond Curfs qui a débuté sur des timbales à peaux animales connait leurs capacités et dès la première matinée, avant même de parler, il s’est installé sur son siège et a enchainé des frappes régulières à une nuance “mf”, dans un tempo assez lent. Pendant plusieurs minutes, il répétait des coups de la même main, parfois les alternaient, il était très concentré et très a l’écoute. Apres cet “échauffement”, il nous a expliqué qu’au début de son apprentissage, cet exercice était son quotidien et se souvient des longues heures passées à la recherche et à l’écoute du son produit par la baguette tombant naturellement sur cette peau animale riche en couleurs. En effet, lors de cet exercice, il se concentre sur une couleur bien précise (exemple: rouge, bleu, vert…pourquoi pas marron) et par la pression des doigts et la vitesse de descente de la baguette, il réussit à obtenir une palette sonore lui offrant un large éventail pour les différents styles de notre répertoire (avec une seule et même paire de baguettes). | | | Quelques élèves se sont essayés aux couleurs et avec l’aide de Raymond, ont cherché les “bonnes places” sur la peau. Cet exercice peut être réalise à différentes nuances, soit en coups simples répétés avec la même main ou en alternance. Après ces premières notes colorées, la master-class s’est orientée de manière précise et concrète sur les traits d’orchestre du répertoire. Raymond Curfs qui est actuellement timbalier solo de l’orchestre de la Radio Bavaroise à Munich (Bayerisches Rundfunks) était auparavant timbalier à l’opéra de la même ville (Bayerisches Staatoper) ce qui lui a permis de jouer le repertoire lyrique. | | | | La première après-midi, Raymond a sorti un CD d'extraits les plus représentatifs du Ring de Richard Wagner, insistant bien sur l'importance de connaître ce qui se passe sur scène pour pouvoir imprégner son jeu de l'ambiance "on stage", prendre certains partis musicaux pour accentuer tel ou tel caractère ou atmosphère. Ainsi certains motifs lents (je pense au passage du dragon dans Siegfried) peuvent être joués en étirant la pulsation comme si la fin de mesure (ou la fin du motif) semblait s'éloigner, effet de pesanteur (dragon...) et de tension très palpable. Il aime aussi ménager plus que jamais les crescendo et accelerando, pour accentuer le côté dramatique (très utile à l'opéra...). La fin du Crépuscule (à partir de la Trauermarsch) était particulièrement monstrueuse, sa manière de construire la progression dynamique jusqu'au Do Majeur éclatant était vraiment réussie. Ensuite, Florian Cauquil s’est essayé au trait de la Walkyrie, insistant comme jamais sur la qualité du son, recherche de l'endroit de frappe idéal (il portait beaucoup d’attention sur la prise de baguette au niveau du manche : ”essayer différentes pressions de différents doigts”), et ne pas hésiter à mener le discours (lorsque le trait est joué avec piano surtout) en mimant la battue du chef. | | | | François Garnier et Akino Kamiya ont ensuite joué la 7ème Symphonie de Beethoven, et Raymond a sorti la première fois des baguettes en flanelle pour cette symphonie aux siciliennes mythiques , ensuite Jean Baptiste Leclere a joué la 1ère Symphonie de Beethoven et Raymond aussi, à l'envers, sans problème d'ailleurs ! | | | | Le lendemain matin, c'était un travail d'écoute sur les opéras de Richard Strauss (Salomé, La Femme sans ombre principalement) avec l'appui des enregistrements mythiques dirigés entre autres par Clemens Krauss, ami de Strauss qui était présent lors des sessions d'enregistrement. Son attention portait toujours sur la recherche historique qu'un timbalier se doit de faire lorsqu'il aborde ces oeuvres pour perpétuer la tradition (baguettes plus courtes à cette époque, donc roulements plus fournis, choix de telle note sur telle timbale plus grosse pour un impact plus tendu (donc note plus précise) où sur timbale moins grosse (couleur plus chaleureuse mais intonation à la stabilité variable), question ô combien importante vu la fréquence du pédalage requis par Strauss). | | | L’après midi du deuxième jour, les élèves ont de nouveau joué des traits du répertoire. Jean Baptiste Leclere a débuté avec la 5ème symphonie de Beethoven (fin du 3ème mvt enchainé au 4ème). Ensemble, ils ont cherche l’endroit précis où le Do sonnait parfaitement, toujours a la recherche d’une couleur afin de peaufiner le son de cette note répétée se mélangeant ensuite aux violons. Florian Cauquil a joué des extraits de la première symphonie de Brahms. La remarque générale de Raymond au sujet de cette symphonie était de trouver une rondeur de son. Souvent, il prenait les baguettes en montrant qu’en relâchant et en faisant moins de pression sur la baguette le son était plus chaud et plus profond, notamment dans les roulements et ajoutait qu’il fallait garder les poignets et les bras bien en bas. La 9ème symphonie de Beethoven est venue achever cette master –class. Akino Kamiya assise derrière les timbales modèle Dresden a débuté par “Ré-La” dans le premier mvt. Raymond nous a expliqué l’importance lorsque l’on joue des traits pour des auditions ou des concours d'orchestre de se chanter intérieurement la symphonie et de jouer comme en concert, avec l’énergie et la conduite des phrases qui soutiennent l’orchestre lors de nos interventions. Raymond a terminé par le solo du 2ème mvt de cette même symphonie en expliquant que le ”Fa—FaFa” devait surprendre le public, et qu’à chaque fois cette cellule rythmique de trois notes était un solo a part entière. En écoutant le maitre, nous étions tous convaincus par la classe musicale et la générosité de ce grand timbalier. Cette Master-class autour de la timbale avec Monsieur Raymond Curfs s'est terminée autour d'une table et tout le monde a levé son verre en remerciant ce grand maître de la timbale à peaux animales. | |
|
Dernière mise à jour : ( 18-03-2008 )
|
|
Pour vos déplacements, pensez au covoiturage !
|
 |
partenaire de |
 |
|
|
|
| |
|
|
|
|